Le mercredi 10 février 2010

Hajo Meyer, rescapé d’Auschwitz

Maison des Associations, Strasbourg
Entrée libre

Hajo Meyer, rescapé d’Auschwitz, à Strasbourg le 10 février

Hajo Meyer sera à Strasbourg, le 10 février à 20h à la Maison des Associations, 1, place des Orphelins, pour une conférence-débat sur le sionisme: Naissance, développement et déclin.

Il appartient à la même génération que Hedy Epstein qu’on a vue au Caire parmi les marcheurs pour la liberté de Gaza.

Hajo Meyer (electronicintifada)

Version française d’une bio parue en anglais dans le journal écossais Huffington Post. (Traduction: J C Meyer)

J’avais 20 ans quand Auschwitz fut libéré par l’armée soviétique il y a 55 ans. Il était temps car 10 mois d’emprisonnement à Auschwitz-Gleiwitz-1 m’avaient très affaibli. Il fallait une sacrée chance pour survivre aussi longtemps dans ces circonstances en ce camp.

J’ai bénéficié de deux types de chance. D’abord, pendant mes premières années d’enfant réfugié aux Pays-Bas, j’ai appris la serrurerie. Ainsi, pendant le glacial hiver 44/45, j’ai teravaillé au chaud dans une usine. Ensuite, j’avais gagné l’amitié d’un excellent ami digne de confiance, appelé Jos. Nous nous soutenions l’un l’autre autant que possible. Tous deux, nous avons ainsi survécu.

Un autre aspect de ma camaraderie avec Jos. Etait qu’en dépit –ou plutôt à cause – du très grand nombre de gens au mètre carré dans ce camp, chacun se sentait très seul. Grâce à notre amitié, à notre entraide et à notre confiance partagée, nous n’étions pas solitaires. C’était vital pour notre survie psychologique.

La survie psychologique est au moins aussi importante que celle physique. En fait, les camps de concentration nazis étaient leur tentative de nous déshumaniser, les juifs. Si un prisonnier devenait une pièce du système oppressif en devenant Kapo, la déshumanisation était réussie. Bien sûr, les membres non-juifs du système oppressif, n’étaient pas non plus complètement humains. J’ai compris là que quiconque d’un groupe oppresseur qui essayait de déshumaniser des gens d’un groupe minoritaire, ne pouvait le faire que si, par éducation, endoctrinement ou propagande, il avait été également déshumanisé lui-même, quel que soit l’uniforme qu’il portait.

C’est une profonde tragédie de constater que ce n’est pas la conclusion qu’on tire en Israël des expériences d’Auschwitz.

Au contraire, Auschwitz y est consacré comme une nouvelle religion.

“Au commencement est Auschwitz” a écrit Elie Wiesel. « Rien ne peut être comparé à l’extermination mais tout doit lui être rapporté. » Cette consécration a permis que ce soit exploité à des fins politiciennes. Tout ce qui avait été le plus valorisé dans un héritage juif riche et varié- la centralité de la tradition éthique, par exemple- disparaît derrière la tentative nazie d’annihilation. Cette religion de la Shoah se traduit dans l’esprit de beaucoup par l’idée qu’il est impossible qu’Israël fasse la moindre faute.

Auschwitz a existé dans l’histoire, pas hors d’elle. La leçon principale que j’ai apprise là est simple: Nous les juifs, ne devons jamais, nulle part, devenir comme nos bourreaux- même pour sauver nos vies. Même à Auschwitz, j’ai senti qu’un tel déclin moral aurait rendu ma survie absurde.

Comme la plupart des juifs allemands, j’ai été élevé dans une tradition laïque et humaniste qui était la plus opposée à la sympathie pour le projet sioniste. Depuis 1967 il était devenu évident que le sionisme politique n’avait qu’un seul but : le maximum de terre en Palestine avec le minimum de palestiens sur elle. Ce but a été poursuivi avec une cruauté inexcusable comme on l’a vu pendant l’assaut contre Gaza. La cruauté est ouvertement formulée la doctrine Dahiye des militaires et soutenue par la religion de la Shoah. .

Je souffre du parallélisme entre mes expériences en Allemagne avant 1939 et celles supportées par les Palestiniens aujourd’hui.

Je ne peux aider, mais j’entends des échos des mythes nazis du « sol » et du « sang » dans la rhétorique des colons fondamentalistes qui clame un droit sacré à toute la terre de l’antique Judée-Samarie. Les diverses formes de punitions collectives subies par le peuple palestinien- ghettoïsation forcée, derrière un « mur de sécurité » ; la destruction au bulldozer de maisons et de champs ; le bombardement d’écoles, de mosquées, d’immeubles gouvernementaux ; un blocus économique qui prive le peuple d’eau, de nourriture, de médicaments, et des produits de première nécessité pour une survie digne- me forcent à me souvenir des privations et des humiliations vécues dans ma jeunesse. Ce long siècle d’oppression signifie d’inimaginables souffrances pour les Palestiniens.

Il n’est pas trop tard pour apprendre une leçon différente d’Auschwitz. Par exemple, l’année dernière, le Réseau juif antisioniste international (IJAN) est devenu un moyen, pour beaucoup,- y compris des jeunes juifs des USA- de contester les préceptes du sionisme et de soutenir l’appel palestinien au boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre Israël. Leur objectif et le mien est de combattre la dépossession et l’exclusivité d’un Etat juif, en leur nom et au mien. Ils comprennent l’urgence du concept juif classique de teshuvah, revenu de son impasse. Plus encore, ils comprennent que, chercher à atteindre la justice et produire un sens éthique positif, hors d’une souffrance absurde, n’est pas seulement une part d’une interprétation juive ancienne de l’histoire, mais est cruciale pour nous tous, pour créer le monde vivable que nous souhaitons comme pour notre survie morale.

Hajo Meyer est l’auteur de La fin du judaïsme : une tradition trahie

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Lieu : Maison des Associations

Ville : Strasbourg

Département : Bas-Rhin

Région : Grand Est

Pays : France

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