Le samedi 30 octobre 2010

cercle de silence de Strasbourg

Place Kléber à 18 heures, Strasbourg
Entrée libre

Le prochain cercle de silence de Strasbourg aura lieu samedi 30 octobre 2010, Place Kléber à 18 heures, afin de protester, comme chaque mois, contre la criminalisation des personnes démunies de papiers.

A l’occasion de la parution du recueil « chroniques de rétention 2008/2010 » publié par la Cimade*, nous serons à l’écoute d’un des multiples témoignages poignants relatés par ceux qui sont aux avant-postes pour constater les drames humains intolérables provoqués par la politique du chiffre.

« Et vogue la galère

A mon arrivée ce matin, c’est un homme muni d’une béquille, le visage creusé, les yeux hagards, qui attend dans le sas où patientent les « retenus » désireux de rencontrer La Cimade. Il est effrayé, angoissé, craintif. Il s’assoit péniblement car sa jambe est très douloureuse. Il me raconte son week-end au centre de rétention. Le consulat a délivré un laissez-passer et la préfecture a réservé un vol à destination du Maroc. Il a refusé d’embarquer à bord. Les policiers ont violemment réagi, et il porte des traces de coups. Il boite, et une béquille lui a été prêtée pour l’aider à marcher.

Hassan est arrivé en France à l’âge de 12 ans. A 15 ans, il a été placé à l’aide sociale à l’enfance. Toute sa famille réside en France, il ne connaît personne au Maroc. Arrivé en France avant l’âge de 13 ans, il est censé être inexpulsable du territoire. C’est la troisième fois qu’il passe en rétention. Cette fois-ci, il a été arrêté lors d’un contrôle routier.

Hassan est dans un sale état. Six jours après l’agression policière, l’unité médico-judiciaire conclut à six jours d’incapacité temporaire de travail (ITT). Il a porté plainte contre les policiers. Il craint d’être à nouveau présenté à l’avion sans être prévenu. Car souvent, les gendarmes viennent chercher les « retenus » au milieu de la nuit pour les emmener à l’aéroport. Comme il était terriblement angoissé, un gendarme compatissant l’a quand même informé du prochain vol. Résidant en France depuis presque dix années, il ne veut absolument pas retourner au Maroc où il n’a plus aucune attache familiale.

Lorsque j’arrive au centre, le matin de l’expulsion programmée d’Hassan, je le vois partir dans une ambulance. Il a avalé du shampooing et des boulons dans le but d’être hospitalisé et, ainsi, éviter l’embarquement. Il passe la journée à l’hôpital puis revient au centre de rétention. Arrivant au terme de sa première prolongation de rétention de quinze jours, Hassan est à nouveau présenté devant le juge des libertés et de la détention qui autorise une seconde prolongation de quinze jours. Son avocate fait appel de cette décision devant la cour d’appel de Paris. L’audience est fixée pour le samedi matin.

Entre-temps, Hassan a été à nouveau présenté au consulat du Maroc sur demande de la préfecture car son laissez-passer consulaire, nécessaire, pour prendre l’avion, était déjà périmé. Le service consulaire qui l’a reçu est scandalisé de le voir dans cet état et a appelé le préfet pour manifester son indignation.

Les jours passent, Hassan vient me voir tous les jours dans le bureau de La Cimade, de plus en plus anxieux. Je l’entends venir depuis le couloir du service médical à cause de son boitillement et de sa béquille qui martèle le sol. Il passe la tête dans l’encadrement de la porte ; il me dit « bonjour », me demande s’il y a du nouveau pour lui. Il est résigné, dépité, abattu. Il ne sait plus comment se battre contre une Administration qui n’a pas étudié sa situation personnelle, lui que la loi est censée protéger, mais à qui s’applique brutalement la politique des quotas d’expulsion.

Il est emmené plusieurs fois par les gendarmes à l’hôpital pour des consultations avec un psychologue. Il me confie qu’il est prêt à tout pour ne pas retourner au Maroc. S’il est prévenu d’un troisième vol, ce n’est pas du shampooing qu’il avalera. Il empêchera cet embarquement par une ultime action, fatale, cette fois.

Samedi matin, croyant se rendre à la cour d’appel de Paris, Hassan monte dans la voiture avec des gendarmes, menotté. Il espère être libéré d’ici quelques heures. Mais la voiture ne s’arrête pas à Paris, elle roule, elle roule encore et toujours. Hassan s’éloigne de plus en plus. La voiture ne s’arrête pas, roule jusqu’à Sète et monte directement dans la cale d’un ferry. Et le ferry largue les amarres pour le Maroc : cette fois, il n’est plus besoin de laissez-passer. »

Maryse Boulard

*« Chroniques de rétention 2008-2010 » publié par la Cimade dans la collection « Solin » chez Actes Sud.

cercledesilence.strasbourg@gmail.com

http://
Aucun commentaire sur cet évènement,
Signaler une erreur
ou connectez-vous pour publier un commentaire

Lieu : Place Kléber à 18 heures

Ville : Strasbourg

Département : Bas-Rhin

Région : Grand Est

Pays : France

Annoncé anonymement le vendredi 24 juillet 2020
Modifier cet évènement

Nous utilisons des cookies pour nous assurer du bon fonctionnement de notre site, pour personnaliser notre contenu et nos publicités, et analyser notre trafic.