Le dimanche 30 mai 2010

cercle de silence de Strasbourg

Place Kleber, Strasbourg
Entrée libre

Le prochain cercle de silence de Strasbourg aura lieu dimanche 30 mai, à 18 heures, Place Kléber, pour manifester, comme chaque mois contre l’enfermement et l’expulsion des personnes démunies de papiers. Parmi eux les étudiants étrangers :

« Je m’appelle Svetlana et j’étudie à l’université de Strasbourg. Je suis d’origine étrangère et, à cause de cela, une grave inégalité me sépare de mes collègues français, au niveau universitaire et au niveau administratif.

Nous, étudiants étrangers, sommes nombreux à avoir un parcours universitaire difficile, à connaître la frustration de devoir redoubler plusieurs fois notre première année, pour ma part ce fut trois fois. Ces échecs marqués par le sceau de « redoublant » ne témoignent cependant pas des efforts produits et des sacrifices que nous devons faire.

Je suis venue en France en septembre 2006 avec un but bien précis : faire des études, obtenir un diplôme, recevoir une éducation de bonne qualité, travailler sur moi-même. Tous ces rêves sont tombés à l’eau car les études de psychologie que j’avais choisies de suivre nécessitaient des connaissances scientifiques très poussées et les cours étaient vraiment très ardus.

Je me suis vraiment battue avec les cours et les révisions. Je me souviens de toutes les semaines passées à la bibliothèque avec une seule idée : valider mon année. Chaque année, mes notes progressaient et ma moyenne était très proche de celle qu’il fallait pour valider mes semestres. Mais malheureusement jamais atteinte pour passer en 2ème année. Il faut savoir que parallèlement aux 30 heures de cours par semaine, j’ai toujours dû travailler à temps partiel pour payer les droits d’inscription et la sécurité sociale. Pour nous il n’y a pas de bourse d’études, il n’y a pas tous ces avantages accessibles aux étudiants français même si nous partageons les mêmes amphis et répondons aux mêmes critères, très exigeants, de l’université.

Après toutes ces années de labeur, j’ai fait une réorientation professionnelle dans le domaine que j’ai toujours aimé, les Langues étrangères appliquées. J’ai profondément regretté de ne pas avoir fait ce choix plus tôt car mes études se déroulent très bien et j’ai validé ma 1ère année sans aucun souci.

Mais il y a 8 mois, mon destin a basculé.

Je me souviendrai toujours de ce jour de début octobre où j’ai trouvé ce petit papier indiquant qu’il y avait une lettre recommandée pour moi. Je suis allé la chercher après mes cours. J’ai ouvert l’enveloppe sur place et j’ai découvert le symbole de la nation française. Puis j’ai lu : des articles de loi se succédaient qui étaient invoqués pour m’accuser d’absence de progression dans mes études. J’ai tourné la page et j’ai lu : en trois lignes, mes trois premières années universitaires se finissaient par le mot fatidique : « échec ». A la fin de la lettre, on me disait que j’étais obligée de quitter le territoire français dans un délai de 1 mois. Je ne tenais plus sur mes pieds.

Ce soir là, je me suis effondrée, je n’ai pas dormi. Je n’ai pas dormi non plus les nuits suivantes. Encore aujourd’hui, je me réveille au milieu de la nuit en me demandant si c’est bien vrai, si ce n’est pas juste un cauchemar.

J’ai fait le recours devant le Tribunal Administratif comme c’était indiqué dans la lettre. Pour cela, il m’a fallu trouver le courage d’aller voir tous mes professeurs un à un dans leur bureau pour leur expliquer ma situation. Mes professeurs ont tous dit et écrit qu’au regard de tous mes examens validés, j’étais une étudiante sérieuse. J’ai repris espoir, je faisais confiance à la justice du Tribunal Administratif.

Le jour de l’audience, j’ai dû me présenter devant plusieurs juges et répondre à leurs questions puis ils m’ont annoncé que j’étais rejetée ! Ce jour-là, j’ai aussi vu tous les autres étudiants étrangers dans la même situation que moi. J’ai compris que nous étions les victimes innocentes d’enjeux politiques qui nous dépassent et qu’on veut juste nous expulser alors qu’on n’a rien fait de mal.

J’ai quand même réussi à valider mon semestre et il y a eu une mobilisation autour de moi devant l’Hôtel du préfet et une délégation de professeurs et d’étudiants du Réseau Universitaire Sans Frontière a été reçue pour parler de ma situation. La réponse, je l’attends toujours et je ne sais pas ce qui va m’arriver.

Je suis partagée entre l’angoisse et la colère, j’ai envie de dire au monde entier ce qui se passe dans ce merveilleux pays des Lumières, dans cette ville où siège la Cour Internationale des Droits de l’Homme. Un jour, le monde verra son vrai visage. »



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cercledesilence.strasbourg@gmail.com

http://strasbourgcurieux.com/libre_cours/2009/02/22/cercle-du-silence-de-fevrier/
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Lieu : Place Kleber

Ville : Strasbourg

Département : Bas-Rhin

Région : Grand Est

Pays : France

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