Le mardi 30 mars 2010

cercle de silence de Strasbourg

Kleber, Strasbourg
Entrée libre

Le prochain cercle de silence de Strasbourg aura lieu mardi 30 mars à 18 heures, Place Kléber, pour manifester, comme chaque mois, notre refus de la criminalisation, de l’enfermement et de l’expulsion des personnes démunies de papiers.



« On n’a pas fini de nous découper en petits morceaux » nous dit Zaïra, une mère de famille dont le mari a été arrêté à Strasbourg et qui vient d’être renvoyé en Pologne le 19 mars dernier.

Avec son mari et leur enfant encore petit, ils ont quitté la Tchétchénie pour fuir les persécutions. Ils sont arrivés à Strasbourg en septembre dernier dans l’espoir de trouver une protection.

«A notre arrivée à Strasbourg, la Préfecture nous a signifié qu’il fallait retourner en Pologne parce que nous avions été contrôlés à la frontière polonaise et que nos empreintes figurent sur le ficher européen Eurodac. C’est donc dès le jour de notre arrivée que nous avons commencé à vivre dans la peur de la police française.»

Comme leurs compatriotes, ils ne veulent à aucun prix retourner en Pologne où les camps de réfugiés sont infiltrés par les agents des services spéciaux russes et où la propension à pouvoir y obtenir le statut de réfugié est infime par rapport aux autres pays européens. Or la raison de leur exil n’a qu’un seul fondement : vivre en sécurité.

«Selon la loi européenne, pour pouvoir rester en France et déposer notre demande d’asile, il aurait fallu nous cacher durant 18 mois. Mais on ne connaît personne ici et qui aurait été prêt à nous accueillir si longtemps - Alors, même si la police pouvait nous trouver, nous vivions à l’hôtel du 115. Si durant 6 mois, on ne nous avait pas renvoyés, on pouvait faire notre demande d’asile en France. On a donc vécu ainsi durant tous ces mois comme des bêtes traquées, en ayant peur de sortir à cause des contrôles de police partout dans la ville et en tremblant quand on frappait à notre porte.

Je me souviens, le vendredi 21 février, comme tous les matins, nous avons compté les jours : encore 1 mois et 1 jour et la France acceptera de recevoir notre demande d’asile.

Mon mari est sorti acheter du lait pour notre enfant et il n’est plus jamais revenu. ».

Contrôlé par la police dans la rue, il a été placé au Centre de Rétention de Geispolsheim puis transféré au Centre de Rétention de Palaiseau dans la banlieue parisienne.

Au fur et à mesure des jours qui passent, Zaïra remue ciel et terre pour essayer de libérer son mari. Elle va accoucher dans un peu plus d’un mois et son médecin atteste qu’elle « ne peut ni ne doit en aucun cas prendre un avion car cela représente trop de risques pour elle-même et l’enfant à naître ». Ainsi, on pourra appuyer une requête juridique sur l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme sur « le respect de l’unité familiale ».

Pendant qu’elle attend de connaître le sort de son mari, Zaïra apprend qu’en l’espace de trois jours, trois autres pères de famille ont été arrêtés à Strasbourg, l’un devant l’abri d’urgence en train de fumer une cigarette, l’autre après avoir déposé ses deux enfants à l’école et le troisième en allant chercher son courrier dans une association d’aide aux demandeurs d’asile. Elle apprend aussi qu’un autre, emmené à l’aéroport à trois reprises, vient d’être libéré grâce au commandant de bord qui n’a pas toléré qu’il soit ligoté à son siège, mains et pieds menottés, bouche scotchée. Elle dit « C’est comme une rafale de kalachnikov lors des opérations de nettoyage, tu te bouches les oreilles jusqu’à entendre le silence revenir. Alors seulement, on compte ceux qui ont été épargnés et ceux qui sont morts. La chance qu’on a eu c’était de réussir à fuir, en vie et ensemble, et maintenant on est de nouveau en morceaux ».

Mais ni le Tribunal Administratif ni la Cour d’Appel ne l’entendent ainsi et le mari de Zaïra est renvoyé le 19 mars sous une escorte policière imposante qui l’empêche de manifester et de faire entendre son refus d’être embarqué.

Depuis là, plus aucune nouvelle de lui.

Selon la législation en vigueur, il est vraisemblablement en prison, condamné à une peine pour « franchissement illégal de frontières » pouvant aller de 1 à 7 mois.

La maman va accoucher dans un mois et elle s’inquiète de savoir à qui elle pourra confier son enfant lorsqu’elle devra aller à l’hôpital «Mon enfant a vu son père battu et emmené sous ses yeux. Comme toujours, lorsqu’un père, un frère ou un mari est enlevé, il faut réussir à le localiser et à réunir beaucoup d’argent pour tenter d’acheter sa libération avant qu’il ne meure sous la torture. Quand il nous est revenu, il était méconnaissable. Encore deux jours de détention et, comme tant d’autres, nous aurions versé l’argent pour récupérer son corps et pouvoir lui donner une dépouille. Ceux qui ne trouvent pas l’argent nécessaire vivront toute leur vie avec des disparus. »

Zaïra sait qu’elle se trouve dans la ville qui abrite la Cour Européenne des Droits de l’Homme et elle n’arrive pas à comprendre que ni l’article 3 sur le « risque de torture et de traitement inhumain et dégradant » ni l’article 8 sur le « respect de la vie privée et familiale » ne s’appliquent à eux.

«Lorsque notre enfant viendra au monde, son père sera en prison alors qu’il n’a jamais rien fait de mal, alors qu’on lui a déjà fait tant de mal.»

Que va-t-il arriver lorsqu’il sortira de prison - Rien !

Sa demande d’asile est d’ores et déjà rejetée en Pologne où il restera sans papiers. S’il parvient à revenir à Strasbourg retrouver les siens et faire connaissance avec son dernier-né, il sera dans la même situation qu’avant : en voie de reconduction vers la Pologne.

Bref, un sans-papier endémique sur tout le territoire européen, en errance, sans aucun droit et pas même celui d’être auprès de sa femme et d’élever ses enfants.

Le temps passe comme passe la vie et ces enfants qui grandissent nous demanderont peut-être un jour qui est comptable de leur famille désintégrée et anéantie par la dernière lueur d’espoir qui s’est éteinte chez nous.



PS : « Comprendre et s’engager », une des associations signataires du cercle de silence, vous invite à converser avec Charlotte Herfray, écrivain psychanalyste, autour de la parution récente de son livre « Vivre avec l’autre… ou le tuer ! » (éditions Eres) le 30 mars, au Club de la presse, 10 Place Kléber, à 19 heures, juste à côté du cercle de silence qui se termine à la même heure.








Cercle de SilencePar ailleurs, une campagne contre ce nouveau camp industriel de la rétention de Mesnil-Amelot est actuellement menée par 11 associations nationales. On peut signer la pétition sur

http://www.placeauxdroits.net/petition2/index.php?petition=30&signe=oui.
Aucun commentaire sur cet évènement,
Signaler une erreur
ou connectez-vous pour publier un commentaire

Lieu : Kleber

Ville : Strasbourg

Département : Bas-Rhin

Région : Grand Est

Pays : France

Annoncé anonymement le vendredi 24 juillet 2020
Modifier cet évènement

Nous utilisons des cookies pour nous assurer du bon fonctionnement de notre site, pour personnaliser notre contenu et nos publicités, et analyser notre trafic.